« Lautre » Chine se tourne vers lUnion européenne
Une délégation de représentants de lAssociation des journalistes européens, au sein de laquelle figurait le président de la section française, Régis Verley, a été invitée à un séjour de découverte de Taiwan. Ils ont été reçus par le président de la République de Chine, et par de nombreux autres représentants du gouvernement.
Ce nest quune petite île au milieu de la mer de Chine, grande comme la Suisse et peuplée de plus de 21 millions dhabitants. En un demi-siècle Taiwan est devenue une puissance économique reconnue dans le monde : plus de 85 % des ordinateurs portables, les deux tiers des noteboooks et un très grand nombre des appareils high-tech qui ont envahi notre quotidien y sont fabriqués. Devenu 17° pays du monde par sa puissance économique, renforcé par un taux de croissance annuel de plus 4,5%, Taiwan continue à rayonner sur lespace économique asiatique, y compris sur la Chine puisquun tiers des investissements réalisés en Chine continentale sont le fait dindustriels taiwanais.

Mais cette puissance économique mondiale est un nain diplomatique, juste reconnu par une vingtaine de pays, mais par aucun des pays membres de lUnion européenne et absente des grandes instances de discussion mondiale : lONU et ses composantes. Ainsi Taiwan na-t-il pas été admis à participer aux débats de lOrganisation mondiale de la santé, lOMS, pourtant consacrés à lévolution de la grippe aviaire sur lensemble du continent asiatique. Le problème concerne pourtant Taiwan, étape obligée de millions doiseaux qui croisent la mer de Chine, sans se préoccuper des frontières historiques qui séparent les deux Chine depuis 1949.
Taiwan se tourne aujourdhui vers lUnion européenne avec laquelle elle espère nouer des liens de coopération plus réguliers. LUnion a ouvert un bureau commercial à Taipeh et maintient des relations commerciales importantes « il sagit note Frédéric Lapalanche directeur adjoint du « European Economic an Trade office » à Taipeh, dun marché largement sous-estimé par les opérateurs européens alors que les débouchés sont importants ». Sur le plan diplomatique Taiwan attend un meilleur soutien de lUnion, laquelle na pas, comme lont fait les Américains, soutenu sa candidature à un poste dobservateur à lOMS.
Dans le club des pays démocrates ?
Une récente enquête menée par lOffice dinformation gouvernementale a révélé que si les Européens avaient une bonne image des produits made in Taiwan ils ne connaissaient rien de ce pays. LOffice a ainsi invité une délégation de journalistes européens à visiter le pays et à rencontrer ses principaux responsables. Les représentants de lAJE parmi lesquels le président de la section française Régis Verley ont, entre autres, été reçu par M. Chen Shui-bian président de la République de Chine, qui leur a rappelé le souhait de Taiwan dêtre inclus dans le club mondial des pays démocrates. Récemment élu M. Chen Shui-ba doit composer avec une opposition traditionaliste qui a gardé dimportants leviers de pouvoir.
Taiwan a engagé depuis un peu moins de dix ans un processus de démocratisation dont les effets sont aujourdhui bien visibles. La campagne électorale pour les élections locales et régionales bat son plein et les signes de lintensité pour ne pas dire de la violence du débat marquent combien les taiwanais sont engagés dans le processus. Plusieurs dizaines de journaux et une centaine de télévisions locales diffusent en continu une information souvent partisane mais libre. La démocratisation taiwanaise a été citée en exemple aux Chinois continentaux par le président américain Georges Bush, lors de son récent voyage en Chine populaire.

Dans ce processus de démocratisation accélérée, et de progrès économique rapide, lombre de la Chine populaire assombrit le tableau. Certes les relations autrefois complètement interdites ont repris. Le survol du pays par les avions commerciaux a été partiellement autorisé, les relations commerciales se sont intensifiées au point quun million de taiwanais travaillent sur le contient et que les industriels taiwanais investissent en masse en Chine continentale où ils trouvent une main duvre bon marché et la possibilité de produire à moindre coût. Au prix dailleurs de délocalisations qui inquiètent les syndicats taiwanais encore peu puissants mais indépendants.
Sur le plan diplomatique, le blocage est complet. La Chine populaire maintien fermement son opposition à lindépendance taiwanaise. Elle continue daccroître au rythme de 10% lan son budget et son potentiel militaire alors que, selon Taipeh, elle na plus dennemis qui la menacent. Les responsables taiwanais réclament aux européens et aux américains le maintient et le renforcement de lembargo sur les armes livrées à la Chine. Les taiwanais aimeraient surtout obtenir enfin une reconnaissance internationale que leur progrès vers une démocratie à part entière justifie. Non reconnue par les instances internationales, interdite dans les instances onusiennes, y compris les instances plus techniques comme lOMS, la République de Chine en appelle aujourdhui à la communauté internationale. Même les journalistes taiwanais nont pu rentrer et suivre les débats de lOMS ce qui donne la mesure des discriminations dont ils sont lobjet.
Régis Verley, président France AJE