Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer
La présidence de l’Union ne décide pas mais consulte en permanence ses partenaires pour parvenir à un compromis entre des pays aux intérêts souvent différents. Paris agira-t-il ainsi au
second semestre 2008 ?
«Le comportement du président Sarkozy dans les derniers mois nous a donné en Allemagne un avant-goût de ce qui nous attend sous la présidence française de l’Union
européenne : la mise en cause de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne et de son indépendance, l’affaiblissement continu du Pacte de stabilité
budgétaire, et le renforcement de l’Eurogroupe, réunissant les pays de la zone euro», affirme clairement Markus Kerber, professeur d’université en finances publiques et économie politique à
Berlin. Une large frange de la population allemande se sent-elle concernée par la nouveau traité européen signé à Lisbonne le 13 décembre 2007 et par l’avenir de l’Union? «Hélas, l’intérêt du
grand public manque cruellement, mais il reviendra quand l’opinion comprendra le recul entraîné par ce traité : l’Union a discrètement décidé de relativiser des valeurs et des principes qui
furent les recettes de son succès historique, la libre concurrence et la création d’un marché intérieur », ajoute Markus Kerber, auteur du livre Europa ohne Frankreich
(L’Europe sans la France)1 .
«Tôt ou tard, il y aura donc un réveil allemand pour revitaliser ces notions qui nous sont chères », insiste le professeur aux idées plutôt libérales . Malgré le soutien de l’Italie
et de l’Espagne, le projet d’Union méditerranéenne de Nicolas Sarkozy continue d’inquiéter Outre-Rhin. «C’est encore seulement une idée générale, mais nous voulons éviter que ce nouvel
ensemble soit ouvert seulement à certains Etats membres de l’Union», souligne un observateur allemand à Paris.
LA SOUVERAINETÉ A LA FRANÇAISE
Quelles sont les priorités de Berlin durant la présidence française du second semestre 2008 ? «Il sera surtout intéressant d’observer comment Nicolas Sarkozy
conçoit son rôle. Va-t-il chercher des thèmes touchant directement ses propres électeurs, ou aura-t-il le courage de trouver des sujets rassemblant les Européens, comme la défense, toujours peu
opérationnelle depuis des années ? », se demande Markus Kerber.
Le président de la République accordera-t-il une plus grande importance aux préoccupations allemandes? «Dans ce cas, Nicolas Sarkozy pourrait réussir là où Tony Blair a échoué, en réformant
les finances de l’Union européenne, question essentielle pour Berlin qui n’aime guère les gâchis de Bruxelles», remarque Markus Kerber. Alors, on comprend l’optimisme affiché par un autre
observateur allemand à Paris, qui «attend de grands progrès pour l’Europe au second semestre 2008».
Pourtant, la présidence française de l’Union risque d’être une phase difficile pour les relations entre les deux pays. «Cette période pourrait aider à faire
davantage ressortir leurs désaccords fondamentaux et amener Berlin à voir clairement que le couple franco-allemand repose sur la mésentente apprivoisée. Car le concept français de la souveraineté
et l’adhésion à l’Union européenne sont en principe incompatibles. La France devra donc choisir. Quelle sera son ambition ? », conclut Markus Kerber.
Laurent Leblond
Pour le magazine Paris-Berlin
http://www.magazine-paris-berlin.com/
1 Editions Suhrkamp, 2006