« La Turquie sera le futur tigre européen ! » nous assurent, à peine arrivés en Antalya, nos collègues de
l’agence espagnole EFE comme ceux du Wall Street Journal. Pour une première journée du symposium international des journalistes de tourisme et environnement, c’est une phrase qui étonne. Certes,
nous sommes trois journalistes à représenter la section française de l'association des journalistes européens – Géneviève Guilhard, Jean-Louis Courleux, et la signataire de cette note – mais aucun
de nous ne connaissait jusqu’à présent la Turquie, ou Antalya.
Dogan Tilic, président de l'AJE Turquie, démarre les travaux du symposium : "En Orient, tu n’as pas besoin de travailler dur pour tout avoir. Avec un peu de patience tout viens
vers toi". Ces quelques mots de l'écrivain et homme politique Ahmet Hamdi Tanpinar (1901-1962) résument bien l'essence de la pensée turque. Candidate depuis 1963, quand elle voulait
rejoindre la CEE(Communauté économique européenne), la Turquie doit régulièrement expliquer à ses 72 millions d’habitants pourquoi les portes de la vieille Europe ne s’ouvrent pas.
La centaine de journalistes présnets affiche parfois ses a priori : c’est un pays fermé, voire dangereux, trop traditionnaliste... Ils ont découvert qu’elle n’a pas besoin d’entrer en Europe car l’Europe y est déjà : dans les mœurs, dans les rues, dans le multilinguisme des habitants, dans les ruines vieilles de 2 000 ans - Pergé, Aspendos, Sidé – qui portent en elles plus d’histoire européenne que les lézards et les chèvres qui s’y promènent aujourd’hui ne le laissent penser. Dans la facilité aussi avec laquelle les chauffeurs de bus acceptent les euros et rendent la monnaie en livres turques, une devise presque aussi forte que l'euro. Ou dans le souci réel de la préservation de l’environnement.
Le but de cette première conférence sur le tourisme et l’environnement, co-organisé par la section turque de l’Association des Journalistes Européens et Turcev (association turque des journalistes de tourisme et environnement), était de prouver que la Turquie est bien en Europe. Et que le tourisme « peut unir des personnes », comme l’affirme Dogan Tilic. Le message des organisateurs est clair : la Turquie, avec sa multitude des parc nationaux (plus de 41), sa plus grande densité mondiale d'hôtels 5 étoiles (170 seulement dans la région d’Antalya), sa forte croissance en matière de tourisme (si en 1980 la Turquie comptait un million de visiteurs étrangers, en 2008 elle a comptabilisé 27 millions, selon les chiffres de World Tourism Organisation ), avec sa situation extrêmement favorable (situé à moins de 4 heures de vol d’un quart de la population mondiale), ou finalement avec sa triple offre touristique all-inclusive (tourisme médical, tourisme environnemental, tourisme classique), mérite bien sa 7ème place dans le top ten des destinations touristiques mondiales.
Depuis deux ans déjà, les tour-opérateurs internationaux voient chuter leurs chiffres. La démarche turque se veut pratique, logique mais néanmoins agressive : « La guerre du
Golfe avait provoquée une vague de mauvais articles dans la presse internationale. Nous avons décidé d’inviter ici les journalistes du monde entier, en leur demandant une seule chose. D’écrire
tout ce qu’ils veulent mais de ne rien signer tant qu’ils n’ont pas vu de leurs propre yeux ».
Un grand voyageur et journaliste suédois, Mikael Strandberg, est par exemple devenu citoyen d’honneur en Turquie à cause de la beauté de ses reportages réalisés sur place. Et dans les rues d’Antalya, que çe soit dans la vieille ville de Kaleici ou dans la nouvelle ville doté d’un aéroport, on parle plus de 30 langues étrangères, et chaque habitant sait converser au moins en allemand et en anglais, sinon en français et russe. A tel point qu’aujourd’hui 40% des revenus du tourisme turc vient de la région d’Antalya. Micro-région avec un micro-climat spécifique qui rend la ville unique (le matin les gens peuvent skier sur les pistes de la montagne Taurus, à 30 km du centre ville, et l’après-midi, fin février, ils se baignent dans les eaux de la Méditerranée), la vieille ville d’Antalya s’est vu décernée plusieurs fois la "Pomme d’Or", par la Fédération mondiale des journalistes de tourisme. Ses 1 million d’habitants trouvent logique que l’eau soit chauffée par l’intermède des panneaux solaires qui décorent tous les toits antaliotes et que les antennes paraboles soient groupés sur une seule plate-forme plutôt que d’orner chaque balcon en particulier. Des simples leçons de vie pratique, que nous, en Occident, avons bien oublié à le mettre en place. Ce qu’Antalya nous apprend aussi, très vite, c’est une certaine manière de voir et de vivre les choses, beaucoup plus calmement, posé, avec sagesse. Un art de prendre le temps de boire un vrai café turque (celui qui équivaut, comme ils le disent, à 40 ans d’amitié), de savourer un coucher de soleil. De réfléchir à l’opportunité d’entrer ou pas en Union européenne, par exemple.
Car l’Europe est bien-là, au delà de tout préjugé. Alors, une question légitime reste à poser. Pourquoi donc la Turquie reste-t-elle une éternelle prétendante à un mariage sans cesse retardé ? L’UE cherche-t-elle trop les défauts de la fiancée ? La Turquie fait-elle trop de manières ? La faute est partagée. Car si l’UE n’a aucun scrupule à tenir sa porte fermée, les Turcs ne veulent pas d’un conjoint trop prétentieux : "Si l’Europe nous disait maintenant d’y rentrer, je ne suis plus vraiment sûr que nous dirions oui", affirme un jeune journaliste. Et sSelon un sondage récent, seuls 40 % des Turcs souhaitent encore entrer dans UE , contre 60 % il y a trois ans.
Le site du symposium (en turc)
Voir aussi le blog de Iulia Badéa Guéritée
Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer