Le RAJ (
Rassemblement des associations de journalistes, dont l'AJE est membre) s'est penché sur les nombreuses propositions émises par les Etats
Généraux de la Presse écrite, sur lesquelles Nicolas Sarkozy se prononcera le 23 janvier. Ces réflexions viendront également nourrir les ateliers et débats qui auront lieu toute la journée du 20
janvier, date des Assises exceptionnelles du journalisme organisées pour fédérer les autres voix de la presse (voir sur les sites
www.journalisme.com et sur
www.leraj.info).
Vous pouvez aussi consulter l’intégralité des propositions du Livre Vert sur
www.etatsgenerauxdelapresseecrite.fr
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Jeudi 8 janvier, après dix semaines de débats, 72 réunions, 92 auditions et 95 contributions, les 148 participants aux Etats généraux de la presse écrite ont remis leur « Livre Vert » au
gouvernement. Ce document de synthèse recense les 94 recommandations formulées par les quatre groupes de travail :
* Pôle 1 : « Quel avenir pour les métiers du journalisme ? », présidé par Bruno Frappat.
* Pôle 2 : « Imprimer, transporter, distribuer, financer : comment régénérer le processus industriel de la presse écrite ? », présidé par Arnaud de Puyfontaine.
* Pôle 3 : « Le choc d’Internet : quels modèles pour la presse écrite ? », présidé par Bruno Patino.
* Pôle 4 : « Presse et société : comment répondre aux attentes des lecteurs et des citoyens ? », présidé par François Dufour.
Parmi les 148 professionnels de la presse écrite ayant participé à ces Etats généraux, 49 sont officiellement présentés comme journalistes. Mais la plupart (Laurent Joffrin, Christophe Barbier,
Hubert Coudurier, Valérie Toranian, Pierre Haski, François Bonnet, etc.) occupent des postes de rédacteur en chef ou de directeur de la rédaction. Nous n’avons recensé qu’une poignée de
journalistes de base, tous invités en raison de leur mandat syndical. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs quitté les Etats Généraux avant leur terme, considérant que leur parole n’était pas
audible.
Mise en garde officielle
Lors de la remise du Livre Vert des Etats Généraux de la presse écrite, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, a été on ne peut plus claire : « Le Livre Vert (…) ne
préjuge pas des décisions retenues et des arbitrages gouvernementaux qui interviendront dans les prochaines semaines. » Précisément le 23 janvier, date à laquelle Nicolas Sarkozy présentera ses
arbitrages.
Christine Albanel a ajouté : « Ces recommandations sont maintenant soumises au débat public ». Le Rassemblement des associations de journalistes, créé pour faire entendre la voix des journalistes
dans un débat dont ils ont été exclus, livre donc ses commentaires sur le Livre Vert.
Commentaires du RAJ
Le RAJ a distingué trois types de recommandations :
* les bonnes idées, qu’il serait opportun de mettre en œuvre ;
* de bonnes intentions, qui ressemblent toutefois à des vœux pieux tant leurs modalités de mise en œuvre restent floues ;
* les rendez-vous manqués : des idées rejetées par les différents groupes de travail alors qu’elles nous semblent essentielles pour assurer l’indépendance, la qualité et la crédibilité de la
presse.
A noter : le RAJ considère qu’il n’a pas de légitimité pour s’exprimer sur le processus industriel évoqué dans le pôle 2 des Etats Généraux. Nous nous sommes donc abstenus de commenter les treize
recommandations émises par ce groupe de travail.
1- BIEN VU
Recommandations émises par les pôles 1, 3 et 4 et approuvées par le RAJ.
Recommandations du pôle 1
* Assurer à tout journaliste, qui n’aurait pas bénéficié d’une formation initiale reconnue, des actions de formation continue au cours de ses trois premières années d’activité professionnelle. Y
compris pour les pigistes.
Mediafor, l’organisme paritaire collecteur agréé (OCPA) de la presse écrite serait chargé d’assurer la même offre aux pigistes titulaires de la carte de presse, en mutualisant les fonds de la
professionnalisation. Un engagement de développement des emplois et des compétences pourrait également être conclu entre les partenaires sociaux et l’Etat : il permettrait à Mediafor d’assurer le
complément de ressources qui lui est nécessaire et de construire un dispositif de formation continue adapté à l’évolution des métiers, en particulier dans le numérique.
* Limiter le nombre de cursus de formation initiale reconnus par la profession.
* Attribuer des bourses d’Etat sur critères sociaux aux élèves des écoles de journalisme.
* Inscrire un code de déontologie dans la convention collective. Le groupe de travail propose de confier sa rédaction à un groupe de « sages », à partir des textes existants : chartes d’origine
syndicale (1919 et 1938), Texte de Munich (1971) et Charte de la qualité de l’information (2008).
* Inciter à l’adoption de « chartes éditoriales » dans les publications ou les groupes de presse, les annexer au contrat de travail et les rendre accessibles au public.
* Droits d’auteurs : appliquer le « Blanc » en lui apportant quelques précisions. Le RAJ soutient ce compromis issu de longues et âpres négociations mais regrette qu’il ne soit pas prévu dans ce
texte des barèmes minimaux pour l’ensemble des pigistes, photographes comme rédacteurs.
* Conserver le double principe de la clause de conscience et de la clause de cession. Le RAJ approuve la recommandation faite par ce groupe de travail de ne pas remettre en question la clause de
cession, mais de la plafonner (il est question de la limiter à un an : pourquoi un an et non pas 6 mois ou deux ans ?) et de limiter les « effets d’aubaine » pour les journalistes ayant plus de 60
ans.
Recommandations du pôle 3
* Réajuster les aides à la presse afin de mieux prendre en compte les spécificités et l’ampleur du défi numérique, notamment en augmentant de façon significative l’aide au développement des
services en ligne.
Recommandations du pôle 4
* Nommer un médiateur dans toutes les entreprises de presse pour entretenir le dialogue entre la rédaction et son public. L’éditeur s’engage à porter à la connaissance du public les modalités de
saisine de ce dispositif de médiation.
* Le dispositif anti-concentration mis en place par les lois du 1er août 1986 et du 30 septembre 1986 ne constitue pas en soi un obstacle à la constitution de grands groupes multimédias. Au lieu
d’abaisser les seuils de concentration, mieux vaudrait dynamiser le secteur de la presse en facilitant la création et le développement de nouvelles entreprises, grâce à des incitations fiscales et
divers mécanismes permettant le renforcement des fonds propres et de l’investissement.
2- BONNES INTENTIONS… A SURVEILLER
Le RAJ approuve le principe de certaines recommandations, mais regrette que leurs conditions d’application restent floues, voire inexistantes. Ce qui les rend au mieux inopérantes, au pire
contreproductives. L’enfer est pavé de bonnes intentions…
Recommandations du pôle 1
* Le RAJ se félicite que ce groupe de travail ait proposé que chaque publication ou groupe de presse élabore une charte de déontologie annexée aux contrats de travail des journalistes et
communiquée aux lecteurs. Mais il regrette que les modalités d’élaboration et de contrôle de cette charte ne soient pas précisées. Comment faire respecter une charte déontologique par les
journalistes ou par l’éditeur si aucune instance de contrôle n’est mise en place? Or le groupe de travail ne souhaite pas l’existence d’une telle instance, assimilée à un Conseil de l’ordre de la
presse, considérant que les journalistes peuvent invoquer leur clause de conscience s’ils considèrent que la charte de déontologie n’a pas été respectée. L’expérience prouve pourtant que la clause
de conscience ne représente pas une véritable garantie pour les journalistes qui hésitent à la faire jouer tant elle est méconnue des conseils de prud’hommes.
Une instance de contrôle indépendante semble donc indispensable.
* Par ailleurs, les modalités d’élaboration des chartes de déontologie ne sont guère satisfaisantes : le groupe de travail propose qu’elles fassent l’objet d’une concertation entre l’éditeur et la
rédaction. Le pôle 4 précise, par ailleurs, qu’en cas de désaccord, le dernier mot reviendrait au directeur de la publication. Une situation ubuesque, si l’on considère que la charte de déontologie
doit aussi protéger les journalistes contre les pressions des actionnaires ou des publicitaires. Le RAJ considère donc qu’en cas de désaccord, un médiateur ou une instance indépendante devrait être
saisi.
* Droits d’auteurs : le RAJ considère, tout comme le groupe du travail du pôle 1 des Etats généraux, que le « Blanc » est une bonne base de travail. Ce document a en effet été négocié et approuvé
par toutes les parties prenantes. Le RAJ estime néanmoins que la mise en œuvre de ce texte, très complexe et subtilement équilibré, doit faire l’objet d’une attention particulière. Le groupe de
travail fait en effet allusion à de futures « précisions ». Il nous semble important de regarder de près toute modification qui pourrait dénaturer ce texte, fruit d’une longue et difficile
négociation garantissant in fine le droit patrimonial et moral du journaliste sur ses écrits.
* Ne pas supprimer la clause de cession, c’est une bonne chose. Mais il aurait été pertinent de réfléchir aux conditions d’application de la clause de conscience. Si la première est largement
utilisée, il est par contre très difficile aux journalistes de faire valoir leurs droits sur la deuxième. La référence à une charte et un code de déontologie et l’arbitrage d’un organisme de
contrôle indépendant pourraient contribuer à redéfinir les conditions d’application de la clause de conscience et permettre aux journalistes de pouvoir réellement la faire appliquer.
Recommandations du pôle 3
* Reconnaître le statut d’éditeur de presse en ligne. Ce statut repose sur les trois critères cumulatifs suivants :
1. exercer une mission d’information à titre professionnel à l’égard du public ;
2. produire des informations ayant fait l’objet d’un traitement journalistique ;
3. employer des journalistes professionnels.
- Il manque un critère essentiel aux yeux du RAJ : que les journalistes soient rémunérés selon les normes et les conventions en vigueur dans la presse écrite. C’est pourquoi le RAJ s’interroge :
pourquoi créer un statut spécifique d’éditeur de presse en ligne, alors qu’il serait plus simple d’étendre le statut d’éditeur de presse aux éditeurs de presse en ligne qui le méritent. Ils
auraient alors les mêmes droits (notamment en matière d’aides à la presse) et les mêmes devoirs que les éditeurs de presse.
Recommandations du pôle 4
* Le lien avec le public pourrait être renforcé par la mise en place la plus large possible d’une structure de médiation. Cette recommandation est approuvée par le RAJ, qui s’étonne que le pôle 1
l’ait rejetée (ce groupe ayant estimé que les médiateurs « ne sont pas une solution complètement satisfaisante. L’expérience a montré qu’elle n’a pas empêché certaines dérives »). Le RAJ n’est pas
convaincu par ces arguments remettant en cause la pertinence des médiateurs.
* Modifier les modalités d’accès au Fonds de soutien à la modernisation de la presse (FDM) en prenant en compte la qualité des contenus. Une idée que le RAJ a proposé et qu’il soutient donc avec
enthousiasme. Mais les conditions de mise en œuvre proposées par le groupe de travail sont abracadabrantes : distinguer les journalistes « assis » (éditing, secrétaires de rédaction, desk) des
journalistes « debout » et leur faire bénéficier d’abattements de charges sociales différenciés est non seulement dangereux - car il affaiblit la profession en créant des sous-catégories de
journalistes - mais ambigu et peu réaliste, compte tenu des pratiques des rédactions.
Recommandation des pôles 3 et 4
* Refondre les aides à la presse : les conditionner à l’existence d’une charte éditoriale et à l’existence de contenus innovants. Le RAJ regrette que les aides ne soient pas également conditionnées
à la production de contenu propre (c’est-à-dire de » première main », tels les reportages, le terme innovant nous paraissant trop flou). Nous regrettons également que la proposition du SNJ de
conditionner les aides à la presse au respect d’un code de bonne conduite éditoriale et sociale n’ait pas été retenue.
3- RENDEZ-VOUS MANQUES
C’était l’une des propositions phares du RAJ (mais aussi du SNJ et du Forum des SDJ) : la reconnaissance juridique des équipes rédactionnelles n’a malheureusement pas été retenue par les groupes de
travail des Etats Généraux.
Cet « oubli » semble toutefois incohérent au regard des autres suggestions qui, à plusieurs reprises, font apparaître la nécessité d’accords entre « l’éditeur » et « la rédaction » (sur la
signature des chartes éditoriales, notamment). En filigrane, la notion d’équipe rédactionnelle apparaît donc, et il semble logique de lui donner in fine une forme juridique.
Par ailleurs, la « mise en perspective » de Bernard Spitz, délégué à la coordination des Etats généraux de la presse écrite, soulève des questions essentielles qui n’ont pas été traitées par les
groupes de travail :
* Une évaluation régulière doit accompagner le dispositif dans son ensemble : oui, mais quel dispositif ? par qui ? comment ? avec quelle régularité ?
* La création d’un Fonds unique de modernisation de la presse qui serait constitué de quatre « paniers » : des aides ciblées pour le maintien du pluralisme, des aides à la distribution, des mesures
de restructuration, des mesures d’incitation à l’innovation, à la création ou au développement. Une piste jugée intéressante pour le RAJ, qui considère toutefois, comme nous l’avons déjà indiqué,
que les aides à la presse devraient aussi être conditionnées par la production de contenus propres et le respect d’un code de bonne conduite éditorial et social.
* « La question des relations des rédactions avec les éditeurs, mais aussi les actionnaires ou les annonceurs ne doit pas être occultée », conclut Bernard Spitz. Drôle de façon de conclure en
soulevant l’une des questions essentielles de la presse écrite. Précisément la question à laquelle les Etats généraux étaient censés répondre…
Pour contacter le RAJ : Lorenzo Virgili (06 76 05 05 03), Pascale Colisson (06 16 38 25 80) ou Jacques Trentesaux (06 22 00 72 93).
Et aussi
www.leraj.info et
contact@leraj.info
Qu'est-ce que le « Rassemblement des associations de journalistes » ?
L'idée de créer un Rassemblement des associations de journalistes (RAJ) est né le 21 octobre dernier, à l'issue d'un débat organisé au PressClub à l'invitation du collectif de
journalistes « ça presse ! » et qui a réuni 150 journalistes. Elle a été officialisée le 13 novembre lors d'une conférence de presse.
Cette initiative - inédite dans l'histoire de la presse - a pour objectif de porter, à l'occasion des Etats généraux de la presse écrite, une parole commune qui soit axée sur nos
difficultés à exercer correctement notre métier et à produire une information de qualité. Notre discours ne se veut ni idéologique, ni politique mais pragmatique et factuel. Notre métier
est bousculé jusque dans ses fondements. L'offre éditoriale n'est pas à la hauteur des attentes du public. Nous devons expliquer pourquoi, trouver des remèdes et éviter que les Etats
généraux ne se cantonnent à des mesures économiques et industrielles.
Notre pari est de réussir à décloisonner une profession foncièrement individualiste. Nous voulons réunir autour d'une même table des confrères de toutes les rubriques mais aussi de tous
les métiers de la presse (rédacteurs, iconographes, photographes de presse, SR, maquettistes...), de Paris comme de province, titulaires ou pigistes.
Nous sommes :
- un rassemblement ponctuel d'associations désireuses de se réunir pour porter un discours commun à l'occasion des Etats généraux de la presse écrite et non pas une superstructure qui
voudrait chapeauter les associations professionnelles de journalistes
- une union des journalistes de terrain, issus de tous métiers et de toutes les catégories de presse, amoureux de leur métier et convaincus qu'il faut réagir afin de le défendre et non
pas une meute de journalistes « enragés » désireux de croiser le fer avec le Président de la République et de faire de la « mousse ».
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