Qui est Florence Hartmann ?
Elle est bien connue des journalistes qui ont travaillé et travaillent sur les Balkans.
Correspondante du quotidien Le Monde durant la guerre, elle fut ensuite porte-parole et conseillère de la Procureure du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie Carla del Ponte. Elle
publie en 2007 « Paix et châtiment - Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale » (Éd. Flammarion). Elle y met en évidence les jeux politiques qui ont
été mené avec la Serbie. Elle n'a jamais transgressé le devoir de réserve qui était le sien, les informations dont elle fait état ayant été diffusées auparavant. Elle est un des meilleurs
connaisseurs du dossier ; sa rigueur morale et son exigence journalistique sont incontestables.
Un scandale politique et moral
Florence Hartmann encourt une peine de 7 ans de prison ou 100.000 euros d'amende pour "offense à la Cour". Officiellement, elle est accusée d'avoir révélé des documents internes, documents
en réalité déjà publics. Son vrai crime : avoir critiqué dans un livre la façon dont le tribunal a accepté que la Serbie classe « secret défense » des documents révélant sa responsabilité directe
dans les massacres de civils en Bosnie-Herzégovine et en particulier celui de 8000 hommes à Srebrenica, en 1995. Ces preuves auraient conduit directement à une accusation de crimes contre
l'humanité contre la Serbie. Cette charge aurait non seulement nuit à sa qualité de candidate à l'Union européenne mais elle aurait ouvert un droit à réparation pour les familles des dizaines de
milliers de victimes. N'acceptant pas ces critiques, les juges du tribunal ont porté plainte contre Florence, l'accusant d'avoir divulgué des informations secrètes et en réalité publiques depuis
2006.
Que les Etats fassent prévaloir la politique sur les hommes, on le sait. Qu'un tribunal international créé par ces Etats se soumette plus ou moins à leur volonté, on le découvre. Mais qu'il aille
jusqu'à poursuivre une journaliste plutôt qu'exiger de la Serbie qu'elle lui remette le général Mladic, chef de chantier des massacres est au-delà du supportable.
Une aberration juridique
Le TPIY avait pour mission d'établir la vérité sur les chaînes de responsabilités dans les exactions commises et de juger les présumés coupables. La création de ce tribunal est une avancée
indiscutable et une indispensable condition à la reconstruction d'une paix durable. Cependant, par ordonnance du 27 août 2008, le TPIY accuse F. Hartmann d'outrage au tribunal, c'est-à-dire
d'entrave, "pour avoir délibérément et sciemment divulgué des informations en violant en connaissance de cause une ordonnance d'une Chambre ".
Le TPIY a porté plainte contre Florence Hartmann et qui la jugera ? Lui. Et qui a instruit le dossier à charge et à décharge ? Lui. Voilà une image de la justice internationale qui est
parfaitement regrettable. De plus, contrairement à toute règle basique de droit, le tribunal a refusé de statuer sur les points de procédure qui l'auraient obligé à se débouter lui-même de sa
plainte tant les fautes sont à la fois nombreuses et impossibles à interpréter comme les questions de fond. Et pour éviter tout problème, il a décidé que le procès se déroulerait en partie à huis
clos.
Parce que Florence Hartmann a fait un travail d'enquête journalistique remarquable, utile à la transparence démocratique, parce cette affaire touche à l'un des moments les plus tragiques de
l'histoire européenne récente, l'AJE France tient à l'assurer de son soutien et de sa mobilisation pour que cette affaire soit traitée de la façon la plus équitable.
Vous pouvez aussi soutenir Florence Hartmann par différents moyens :
* Vous pouvez rejoindre le groupe Facebook « en soutien à la journaliste Florence Hartmann »
http://www.facebook.com/group.php?gid=51482251372 animé par Béatrice Toulon pour vous tenir au courant de l'évolution du dossier et
dialoguer avec les autres soutiens.
* Signer la lettre-pétition :
http://www.preserverlajusticeinternationale.org/
Dernières nouvelles :
Le procès de Florence Hartmann qui devait se tenir le 5 février a été suspendu. Le président du Tribunal a accepté d'étudier la demande de révocation de 2 des 3 juges pour partialité présentée par les avocats de Florence. Cela n'augure absolument pas d'une annulation du procès ou d'un jugement favorable. Mais la mobilisation et la multiplication des soutiens a permis de la sortir de son isolement.
Yan de Kerorguen, journaliste, membre d'ICE (Initiative Citoyens d'Europe) et responsable du site http://www.place-publique.fr a publié une tribune dans Libération (consultable à cette adresse). Trois sommités françaises du droit international (Antoine Garapon, Louis Joinet et Emmanuel Wallon) ont publié une tribune dans Le Monde. Toutes ces tribunes et des informations complémentaires sont accessibles sur : www.place-publique.fr
Autres soutiens : Mères pour la Paix, l'Association Sarajevo, le Forum grenoblois pour la Démocratie dans les Balkans.
Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer