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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 15:20
Par William Horsley, représentant spécial "Liberté de la Presse" de l'Association des Journalistes Européens, section britannique.


Les grands mots seuls ne suffiront pas à corriger les mesures intolérantes considérables mises en place ces dernières années dans plusieurs états européens au nom de l'anti-terrorisme.

Mais l'engagement public et collectif pris vendredi 29 mai par les ministres du Conseil de l'Europe de réexaminer les lois nationales et de s'assurer qu'elles sont en conformité avec les garanties existantes de liberté d'expression et d'information décrites à l'article 10 de la Convention européenne des Droits de l'Homme constitue au moins un début.

Il y eut des moments de crise et de tension lors des réunions préparatoires jusqu'à ce que les représentants de 46 des 47 états membres reconnaissent le rôle-clé d'une Résolution concernant l'impact, sur la liberté d'expression, du grand nombre de lois nationales antiterroristes promulguées et mises en pratique ces dernières années dans la plupart des pays d'Europe.

Quelques États avaient précédemment insisté pour que soient édulcorés de nombreux détails de la Résolution. Il n'en demeure pas moins que le texte reconnaît clairement le risque que les actions et les lois gouvernementales antiterroristes font courir à la liberté d'expression.

Finalement seule la Russie annonça qu'elle s'abstiendrait. Les autres s'engagèrent tous, selon les termes de la résolution, à "revoir régulièrement [leurs] lois et/ou pratiques" afin de s'assurer que l'impact des mesures antiterroristes est compatible avec les principes du Conseil de l'Europe.

L'article 10 garantit à tous le droit à la liberté d'expression, dont la liberté "de recevoir et communiquer des informations et des idées sans interférence d'autorités publiques ni considération de frontières". Mais ce même texte inclut une longue liste de restrictions de la liberté d'expression, dont celles concernant la sécurité nationale et la prévention de la criminalité et des troubles à l'ordre public.

Les propres recherches du Conseil de l'Europe ont amplement démontré que les états membres avaient déjà restreint le principe de la liberté d'expression de différentes façons :
   -à travers les lois antiterroristes qui créent des délits tels que le soutien à l'"extrémisme" ou la "glorification" du terrorisme,
   -à travers des lois étendant la portée du secret d'état ou protégeant, contre toute critique, des personnalités publiques
    -et à travers des lois qui donnent, à la police et à l'état, de nouveaux pouvoirs en matière de manifestations de rues.

De nombreux journalistes ont aussi été agressés ou même tués dans des états membres du Conseil de l'Europe alors qu'ils faisaient des investigations sur la corruption ou les abus de pouvoir. Et pourtant, trop souvent les responsables de telles pratiques jouissent d'une immunité de fait tandis que les protestataires sont menacés ou réduits au silence.


Toutes ces choses ont grandement nui à la possibilité pour les journalistes d'informer le public sur des sujets d'intérêt public légitimes. Certains gouvernements ont eux-mêmes bien souvent appliqué des lois antiterroristes dans des situations sans rapport avec le terrorisme, ceci dans le but de multiplier les mises sous écoute téléphonique, d'accroître la surveillance des personnes travaillant dans les médias et de menacer de poursuites pénales les journalistes refusant de révéler leurs sources confidentielles.


Le document le plus puissant qui inventorie les nombreux cas de tels excès et de tels abus de pouvoir est la recherche publiée par David Banisar, intitulée "Speaking of Terror" et disponible sur Internet. Il est difficile de comprendre pourquoi tant d'organismes de presse européens de premier plan n'ont pas réussi jusqu'à présent à s'intéresser plus sérieusement à ces atteintes aux libertés fondamentales ni à les exposer au grand public.


Les conséquences pour la survie du journalisme professionnel en tant que chien de garde du pouvoir gouvernemental à travers l'Europe sont alarmantes. Tel est le point de vue de l'Association des Journalistes Européens, l'un des organismes représentatifs des médias qui siège au Comité Directeur des Médias du Conseil de l'Europe. Les inquiétudes de l'Association se fondent sur les témoignages recueillis par nos membres à travers le continent et publiés dans nos propres Enquêtes sur l'état des médias.


Les gouvernements font partie tant du problème que de sa solution. La récente publication, par l'Open Society Institute, intitulée "La télévision à travers l'Europe : plus de chaînes, moins d'indépendance", décrit un nouveau malaise politique en Europe où la liberté de penser et l'impartialité de l'information sont en recul.


La conférence de Reykjavik a bien identifié les deux dangers qui menacent la santé du milieu des médias et de l'information en Europe : ce sont, d'une part, l'avènement d'une nouvelle ère de médias où l'on "bricole", pour ainsi dire, et d'où sont déjà progressivement écartées les sources d'information sérieuses et fiables et, d'autre part, les effets pervers de la menace terroriste contre nos sociétés dont les dégâts sont, dans bien des cas, amplifiés par les actions des gouvernements.


À la conférence, au cours du débat :"Une nouvelle conception des médias ?", les ministres sont tombés d'accord pour rechercher des manières nouvelles et originales d'encourager des formes viables de médias responsables et dignes de confiance. Selon l'AJE et d'autres organisations de journalistes représentatives, les hommes politiques devraient commencer par cesser d'intervenir, pour défendre leurs propres intérêts particuliers, dans les formes de médias existantes et futures, tant publiques que privées. La Russie et l'Italie sont deux des nombreux exemples actuels de régimes gouvernementaux qui se rendent coupables de chercher à étouffer l'indépendance et la diversité des médias.


Quant aux journalistes et aux responsables de médias, ils feraient bien d'innover et d'élever le niveau de leurs exigences professionnelles afin de regagner la confiance du public. Il leur faudrait aussi trouver de nouveaux modèles économiques pour faire face à la crise paralysante de l'industrie et à la nouvelle révolution médiatique qui fait que chacun peut exprimer ses opinions sur Internet et que les journalistes ne sont plus les gardiens exclusifs de l'information.


La conférence de Reykjavik a mis en lumière l'importance qu'il y avait à s'opposer aux diverses atteintes à la liberté et à l'indépendance des médias, dues à l'interférence des pouvoirs politiques et économiques dans le travail des journalistes. Les délégués se sont publiquement ralliés à l'idée que ceci devait être fait pour assurer la bonne santé future de la démocratie en Europe.


Le réexamen des lois nationales antiterroristes en Europe, qui a été désormais promis par les gouvernements, se doit d'être immédiat, approfondi et transparent. Il pourrait ne devenir qu'une occasion manquée ; mais il pourrait aussi être le point de départ d'une fierté retrouvée de l'Europe : celle d'offrir un exemple au reste du monde en protégeant la "mère de toutes les libertés" : la liberté de la presse.


Article original publié dans "New Europe" et reproduit avec leur aimable autorisation - traduction : Mael Forner

L'Association of european journalists (AEJ, dont l'AJE est la section française) a obtenu en 2008 le statut d'observateur au Comité des médias du conseil de l'Europe.
Pour plus de détails, lire notre article
"Une étape importante pour l’AJE : le statut d’observateur au Conseil de l’Europe"
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