Dimanche, c’est le mot de Cambronne qui est sorti des urnes. Les explications au vote des Français ne manquent pas. Celle qui s’ajoute, comme circonstance aggravante, c’est le déficit d’information et de pédagogie sur l’Europe. En dépit de leurs remarquables efforts pour expliquer le texte de la Constitution, les médias découvrent l’Europe lors des élections. Ce n’est pas que les gens n’aiment pas l’Europe, ils ne la connaissent pas. Pour qui sonne le glas européen ? Les élites françaises paient vingt ans d’hypocrisie. L’Europe, abstraction, tantôt source de tous les maux, tantôt leur remède. Bruxelles ? Le petit doigt derrière lequel se cachent nos dirigeants qui font passer l’Union pour un repaire de technocrates qui décident de tout. Le Parlement ? Une (siné)cure de jouvence pour recalés aux élections. L’élargissement ? L’occasion ratée d’une grande fête populaire. La façon dont le camp du oui a géré le débat devrait inciter à la modestie et à la remise en cause. Le oui se contente de parader mou - c’est oui ou l’on n’a rien compris. On se gargarise du référendum espagnol, un succès juridique mais un échec démocratique. Et l’on voit déjà tout plié, méprisant les adversaires qu’on croit retourner par le chantage. Surtout les jeunes, cible préférée, auront montré leur peu de sensibilité aux beaux discours.
L’éveil de la conscience européenne ne peut plus se faire à coups de lâchers de ballons, de parterres de stars, de flonflons de folklore moldave et de vieilles rengaines assénées par des dinosaures fatigués pour lesquels l’Europe se résume à la paix. Quand 70% des décisions qui influent sur la vie nationale sont prises par les 25, il y a une « urgence civique » pour les politiques et les médias à sortir des cadres nationaux et à créer, au jour le jour, de la familiarité avec les sujets européens, au risque de voir la « fracture européenne » devenir plaie béante. Face à la méfiance et l’hostilité, le recours à des publicitaires et à la communication institutionnelle ne peut suffire, il n’a jusqu’à présent rien donné.
Nous, journalistes européens, formons le vœu que l’Europe trouve sa place dans les médias de manière plus systématique, pédagogique et concrète ; que les écoles forment les jeunes journalistes au fonctionnement européen ; que de nouvelles perspectives de carrière s’ouvrent pour eux et que la création de médias européens soit encouragée. L’AJE a proposé dès lundi aux ministres concernés de s’inspirer du modèle mis en place par l’Irlande, au lendemain d’un référendum négatif, pour créer un « Forum de l’information européenne » et donner aux Français le goût de l’« européenne attitude ».
Stephen BUNARD est directeur de la rédaction du magazine EuropePlusNet et vice-président France de l'Association des journalistes européens.
L’Association des journalistes européens (AJE), dotée du statut d’ONG et reconnue par le Conseil de l’Europe et l’Unesco, est née en 1961 et réunit un millier de journalistes, dans plus de vingt pays d’Europe, convaincus de la nécessité de l’intégration européenne sur une base démocratique. Pour la France : www.ajefrance.com
Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer