Échanger pour changer
Par Régis Verley, Président de l’Association des journalistes européens Revaloriser le travail semble être devenu le thème majeur de la campagne présidentielle. Mais avons-nous vraiment perdu le sens et le goût du travail ? Comme toujours, il est intéressant, dans ce genre de débat, de porter le regard au-delà des frontières nationales. Les statistiques européennes démentent l’idée selon laquelle nous serions, nous Français, devenus paresseux. Avec, en moyenne, 41 heures passées au travail chaque semaine, le Français est proche de son voisin allemand, à 41,7 heures. Et les Scandinaves, réputés pour leur sérieux, ne sont pas plus travailleurs.
Si l’on compare le marché de l’emploi français à celui des autres pays européens, on découvre que ce n’est pas le temps de travail qui pose problème mais surtout l’absence de souplesse et de mobilité des Français. Au Danemark, royaume de la flexibilité, plus d’un salarié sur quatre change d’emploi chaque année. La flexibilité des contrats ne bénéficie pas seulement aux patrons. Le Danois n’hésite pas, chaque jour, à consulter les offres d’emploi et à donner son congé à un employeur dès qu’il trouve de meilleures conditions et de meilleurs salaires.
Avoir un CV bien garni vous fait taxer en France d’instabilité, au Danemark, c’est une preuve de dynamisme. Les chefs d’entreprise danois sont souvent obligés de surenchérir pour fidéliser leurs salariés.
Le code du travail français ferait, dit-on, plus de 30 000 articles et occupe plusieurs volumes, quand le même document au Danemark tient juste en quelques feuillets. Là où nous nous battons pour défendre nos statuts, nos avantages acquis et nos préséances, la loi danoise met tout le monde à égalité de droits et de devoirs.
Je me trouvais à Aalborg peu après qu’eurent éclaté en France l’affaire du CPE et les manifestations qui ont eu lieu. Les syndicalistes danois m’ont avoué ne rien comprendre. Ce qui les choquait, c’était simplement qu’on puisse proposer un contrat différent aux jeunes et leur faire porter à eux seuls les avantages et les inconvénients de la flexibilité. Et j’ai pu vérifier que le filet de protection sociale, et surtout l’accompagnement dont peut bénéficier un chômeur en recherche d’emploi sont incomparablement plus efficaces là-bas qu’ici.
Je ne plaide pas pour que nous copiions point par point les Danois et je préfère travailler à Paris plutôt qu’à Copenhague, mais je pense que nous aurions intérêt, avant d’engager nos discussions, à regarder autour de nous, dans cette Europe dont nous partageons le modèle. Echanger, c’est un bon moyen pour changer…