Mardi 20 mars 2007
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Un sondage récent avance que Nicolas Sarkozy serait celui des candidats à la présidence qui, en cas d’élection, ferait le plus avancer la construction européenne. L’intéressé n’a pas pavoisé, c’est étonnant, mais on le comprend. Être ainsi désigné par la France qui a voté non à la Constitution européenne le 29 mai 2005 ne conduit pas à arborer sa fierté d’être européen. Faudrait-il donc lire ironiquement le sondage à l’envers ?
Si Sarkozy avait été en tout cas président de ce dernier quinquennat, la France serait embourbée en Irak, l’Europe politique encore plus sanguinolente vu l’atlantisme du ministre de l’Intérieur et par effet de balancier antilibéral, le non aurait été encore plus violent au référendum. Sarkozy aurait pu déclarer que l’Europe, « il faut l’aimer ou la quitter » et la nettoyer au « Karcher » (sic). Et pourquoi pas, promettre un ministère du contrôle des frontières et de l’identité européenne pour couronner le tout, de la part de celui qui n’a pas compris que les identités ne se substituent pas les unes aux autres, mais qu’elles s’additionnent ?
Que propose celui qui, aspirant à l’Elysée, se retrouverait en 2008, à la tête de la présidence française de l’Union européenne ? Une position unique parmi les candidats. Soumettre un traité simplifié à la ratification des parlementaires français. Soit le principe d’une Constitution, sortie « manu populi » par la porte, reliftée au bistouri et refaufilée par la fenêtre, voilà qui a des relents antidémocratiques. « Même lavé à l’eau de rose, l’ail ne perd pas son odeur. », selon un joli proverbe indien. Certes, on objectera qu’il ne s’agit pas du même texte. Mais pourquoi ne pas dans ce cas le soumettre à référendum, comme le premier ? Il serait intéressant de savoir ce qu’en pense Simone Veil, dans la grande sagesse qu’on lui reconnaît presque unanime, et dont on imagine que ce ne sont pas les positions en matière de politique européenne qui l’ont conduit à soutenir Sarkozy.
Le reste du projet européen sarkoziste reste à l’avenant d’une posture, voire d’une imposture, européenne. Quel est le rôle que l’Europe devrait avoir sur la scène mondiale ? On rêverait du candidat gaulliste aux accents d’un Malraux, l’Europe n’est elle-même que s’adressant au monde… Silence radio. Faire avancer l’Europe par l’impulsion de petits groupes ? Bonjour l’Europe à plusieurs vitesses. Et en kit. Comme si les deux n’existaient pas déjà. Bref, devant un tel enthousiasme programmatique, l’électeur reste sur sa faim et l’Europe peut bien rester sur sa fin.
Stephen Bunard est vice-président France de l’Association des Journalistes Européens – www.ajefrance.com
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