Recherche

Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 12:31

A l’initiative des étudiants du Master 2 « Communication politique et sociale » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et du Master 2 « Communication politique et publique en France et en Europe » de l’Université Paris Est Créteil, une rencontre entre journalistes, élus et représentant des institutions européennes et nationales a été organisée le 9 décembre 2011 dans les locaux du Bureau d’information du Parlement européen pour la France. Deux tables rondes étaient organisées autour de la question : « La communication européenne : quelle(s) voix pour l’Europe ? ». La première s’interrogeait sur les défis rencontrés par la communication européenne et les réponses pouvant y être apportées. La seconde s’est intéressée à la manière dont les médias nationaux traitent de l’actualité des institutions communautaires.

 

Table ronde n°1 : les défis de la communication européenne.

Invités :

- Bruno Denoyelle, Service de l’Information du Gouvernement (SIG)
- Christian Gsodam, Secrétariat général du Comité des régions
- Marie-Christine Vergiat, députée Front de Gauche au Parlement Européen
- Anna Zalewska-Urbanczyk, représentation de la Commission Européenne à Paris

AJE-Interne-5148.JPG

Malgré les oppositions qui ont émergé lors de ce débat, un réel consensus s’est dessiné autour de la difficulté de l’UE à communiquer. L’origine de ces difficultés est double puisqu’elle provient à la fois des « émetteurs » de la communication et de ses « récepteurs ».


Ainsi ressort-il des différentes interventions que la communication européenne manque de coordination. Bruno Denoyelle met en avant la multiplicité d’acteurs pouvant être à l’origine des messages. Il faut donc déterminer qui est habilité à parler à qui et sur quel sujet. Sans réelle coordination, chaque acteur détermine sa propre politique de communication, ce qui pose un problème d’absence de convergence entre ces politiques. Anna Zalewska-Urbanczyk insiste sur les actions de la Commission. Son discours insiste également sur l’aspect néfaste de la multitude de messages produits par l’UE. Cette multiplicité conduit en fait à un brouillage du message global que devrait porter l’Europe. S’ajoute à cela un constat partagé par tous : la distance entre l’UE et population, dont l’exemple emblématique est l’échec référendaire en France et aux Pays-Bas. Pour Marie-Christine Vergiat, l’Europe a sa part de responsabilité dans cette distance puisque la citoyenneté européenne est trop considérée comme un phénomène « top – down ».


Les difficultés de la communication européenne viennent donc de l’émetteur qu’est l’UE : multiplicité d’acteurs, de messages, notamment du fait de la grande complexité du fonctionnement des institutions communautaires.
Mais les obstacles sont également du côté des récepteurs, qui se caractérisent par une grande indifférence, voire une hostilité, envers l’UE, mais surtout une réelle méconnaissance. Anna Zalewska-Urbanczyk souligne ainsi que la majorité des Européens ignorent le fonctionnement de l’UE mais également les droits que leur offre leur statut de citoyen européen. Bruno Denoyelle estime que cette indifférence conduit à une absence totale de débat. Il affirme ainsi soutenir toute initiative privée « même quand elle est contre l’Europe » car elle alimente le débat. Pour Marie-Christine Vergiat, le vrai défi est bien d’intéresser les citoyens aux décisions européennes. Quant aux médias, ils ne s’intéressent, selon elle, qu’au « star-system » de l’UE autrement dit, pour la France, les personnalités politiques connues au niveau national. Ce désintérêt des médias est un des rares points d’accord entre la députée européenne et le conseiller auprès du SIG. Ce dernier semble assez désabusé concernant cette question : « vous pouvez faire toutes les réformes que vous voulez, si les journalistes ne veulent pas traiter, ils ne traiteront pas ».

S’il y a un certain accord sur le constat, les moyens à employer, les solutions à apporter sont davantage objet de tension. Christian Gsodam insiste sur la décentralisation nécessaire de la communication. Il estime qu’il n’est pas possible de créer une communauté à partir de Bruxelles mais qu’il faut le faire à partir des régions. Il estime que « c’est nous à la fin, les gens qui sont dans les régions qui font l’Europe ». Rejoint par Anna Zalewska-Urbanczyk sur ce point, il ne l’est pas par Bruno Denoyelle. Ce dernier insiste davantage sur l’importance des partenariats et la place de chaque acteur au sein de ces derniers.

Lorsqu’il déplore le manque de moyens, Marie-Christine Vergiat souligne que les moyens de l’UE correspondent à ce que les Etats membres lui donnent. Elle estime en outre que les campagnes de communication sont inutiles. La députée européenne considère que ses pairs doivent davantage communiquer auprès de ceux qui les ont élus. La pédagogie (« expliquer encore et toujours ») et l’implication des citoyens (« ne pas laisser les institutions s’occuper toutes seules des institutions ») sont pour elle la clef d’un bon fonctionnement de l’Europe. Anna Zalewska-Urbanczyk pour sa part s’inspire largement du Livre blanc sur une politique de communication européenne. Elle développe ainsi la question du multilinguisme, de la décentralisation – et notamment prendre conscience du poids de la presse régionale –, ou encore des eurobaromètres. L’UE devrait ainsi être plus accessible pour les citoyens, qui devraient pour leur part être davantage consultés (par les études d’opinion, des rencontres et des forums).
Cette table ronde a donc mis en exergue le consensus qui existe autour des difficultés de l’UE à communiquer, la méconnaissance du fonctionnement européen et l’apparente indifférence des citoyens et des médias. Pour autant, selon sa trajectoire et son institution de référence, chaque intervenant se fait une idée différente de ce que devrait être la communication européenne.

 

Table ronde n°2 : Quelle place pour l’Europe dans les médias ?


AJE-Interne-5221.JPG  La deuxième table ronde était consacrée au rapport qu’entretiennent les médias avec l’Union européenne. Les intervenants devaient apporter des réponses aux multiples questions propres au traitement médiatique de l’information européenne, à travers leurs expériences professionnelles mais également personnelles puisqu’ils sont avant tous des citoyens européens.
Deux des intervenants sont des professionnels de l’information, journaliste et bloggeur, tandis que les deux autres sont des acteurs de la communication institutionnelle de l’Union européenne.
Michael Malherbe, euro-bloggeur, s’exprime surtout en temps que citoyen européen, commentant l’actualité européenne depuis son blog « Décrypter la communication européenne ». Les euro-bloggeurs sont aujourd’hui de plus en plus écoutés, notamment par les institutions et deviennent des relais d’informations de premier plan pour la société civile européenne. Pour lui, l’Europe pourra être portée par les citoyens quand chacun aura sa propre expérience personnelle vis-à-vis des institutions et non pas un faisceau de connaissances plus ou moins juste ou éloigné de la réalité.


Le deuxième intervenant est Fabrice Pozzoli-Montenay, journaliste spécialiste de l’UE et aujourd’hui secrétaire général de l’Association des Journalistes Européens. Ce dernier dresse un constat alarmant du traitement de l’information européenne, avec force d’exemples et de contrastes entre les grands quotidiens nationaux concernant le traitement de l’information. Fabrice Pozzoli-Montenay dénonce un « journalisme paresseux » où le traitement se fait de manière franco-centrée et où l’information n’est que trop peu souvent vérifiée. Il témoigne d’une approche militante pour améliorer l’information européenne.

Les deux autres participants ont décidé d’intervenir en dialogue. Aurélie Valtat (chargée de la communication web au Conseil de l’Union européenne) et Bert Van Maele (qui s’occupe des médias sociaux à la DG Communication de la Commission européenne) représentent les acteurs de la communication institutionnelle de l’Union Européenne. Ce duo montre que les institutions connaissent une nouvelle génération de communicants qui ne pensent pas l’opposition ou la compétition entre les entités européennes mais bien qui véhiculent l’information en réseaux avec la maitrise des nouveaux outils de communication que sont les médias sociaux. Ce dialogue fût assez surprenant dans le sens où les institutions étaient représentées par deux voix se confondant la plupart du temps malgré le fait que les intervenants aient rappelé qu’ils prenaient la parole en tant que citoyens travaillant dans les institutions et non comme représentants formels de celles-ci.

 

Compte-rendu réalisé par Matthieu Griffon et Hortense Lasbleis, étudiants dans le Master 2 « Communication politique et sociale » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et publiée avec l'aimable accord de Stéphanie Wojcik, Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication
Responsable pédagogique du Master 1 "Communication politique et publique en France et en Europe".

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil

Rejoignez l'AJE !

Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer

Je considère que l’AJE remplit un vide béant. Les rédacteurs chargés de suivre l’actualité européenne forment une catégorie bien particulière de spécialistes qui souffre d’un manque évident de reconnaissance au sein de leur rédaction. Je sais, par expérience, que la couverture européenne est au mieux considérée...(lire la suite)

LIVRES DE CHEVET
Notre sélection de livres pour s'endormir (avant de s'endormir...) mais aussi pour le bureau, pour la plage...


Recommander

Abonnez-vous (XML)

  • Flux RSS des articles

Add to Netvibes

Partager cet article sur Facebook  
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés