Après une année 2011 qui a vu s’enchainer les sommets européens de « la dernière chance », les incantations apocalyptiques sur la fin de la zone euro se multiplier dans les pages « opinions », un hybride « Merkozy » être présenté comme le couple dirigeant l’Europe, le cycle de l’actualité devrait nous laisser respirer quelque peu.
Je vais profiter de cette nouvelle année pour chanter les louanges du journaliste européen, cet objet non-identifié des rédactions nationales.
Ce journaliste européen, donc, est doué de multiples qualités. Il sait travailler en équipe, en synergie avec d’autres membres de la rédaction. Une attitude pas si courante en France. Il
est curieux, attentif, rigoureux dans le choix des termes. Il montre une forte capacité à nouer des contacts dans divers pays, pour multiplier les sources locales. Gros utilisateur des réseaux
sociaux, il est parfaitement à l’aise avec l’informatique et son impact sociétal. Il peut être sur le terrain, multipliant les reportages, les enquêtes pour faire vivre cette Europe considérée si
froide par tant de rédacteurs en chef. Il ramène du son, de l’image, des musiques, des portraits, des goûts, les fondements de cette « identité européenne » tant recherchée.
Il y a celui qui ne couvre que les affaires institutionnelles, souvent basé à Bruxelles ou habitué du Thalys. Il se délecte des délibérations du Conseil, des propositions de la Commission, des débats du Parlement européen. Proche du service politique, il sait faire la passerelle avec la diplomatie si prisée par le service étranger.
Il y a celui qui traite d’un domaine particulier, dans lequel la dimension européenne est incontournable : agriculture, énergie, immigration, banques, droit, fiscalité. A partir d’un dossier souvent technique, il arrive à ouvrir des perspectives économiques et politiques.
Et je n’hésite pas à le présenter comme un modèle professionnel : le journaliste européen est réactif, collaboratif, souple, transversal, cultivé, respectueux des autres, critique, multilingue, multi-tâches, souvent multi-média.
Pour 2012, nous aurons à exister entre les élections présidentielles françaises, les crises arabes et l’élection américaine. La tempête de la zone euro semble s’apaiser doucement, et laisser la place et des années de politiques d’austérité. Cela ne rendra pas « les fonctionnaires de Bruxelles » plus sympathiques aux yeux des rédactions et de nos lecteurs. Mais, comme le montre la création récente du supplément Europa du Monde, la demande d’information, de décryptage, d’éclairage va croissant.
La section française de l’association des journalistes européens est là pour vous permettre de prendre une place durable dans le paysage médiatique français, et de faire du « journalisme européen paresseux » un objet du passé. L’extraordinaire qualité des membres de cette association, leur diversité, leur ténacité face à l’ignorance crasse de certains m’incite à l’optimisme quant à l’avenir de la presse française. Il faut faire savoir aux jeunes journalistes que l’Europe peut être une porte d’entrée dans le monde du journalisme.
Oui, je chante nos louanges, car si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place.
Bonne année 2012 à tous et toutes !
Fabrice Pozzoli-Montenay
secrétaire de l'association des journalistes européens
Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer