Les « Eurométropoles » sont peut être l’avenir de l’Europe. Ces structure dotées depuis 2006 d’un statut officiel de GECT (Groupement européen de coopération territoriale) permettent à des collectivités locales de pays voisins mais différents, soumis aux lois et réglementations nationales de collaborer autour de projets communs. Une dizaine d’Eurométropoles ont été mises en place dans des zones frontalières pour accompagner le développement de territoires transfrontaliers et favoriser des projets économiques, culturels , ou sociaux développés indistinctement de part et d’autres de frontières ouvertes à la libre circulation des personnes mais encore contraintes par les règlements nationaux.
Naturellement le développement des coopérations transfrontalières est une chance pour les journalistes. Le fonctionnement des journaux et des organes d’information reste très centré sur les territoires nationaux. Les journalistes passent rarement les frontières dans le cadre de leurs activités professionnelles alors que les sujets qu’ils traitent n’ont souvent plus de limites : qu’il s’agisse de faits divers (accidents de la route, trafics de drogue) de consommation et d’échanges économiques, de recherche d’emploi, de placements sociaux (personnes âgées, handicapés), d’activités culturelles ou de transport, les barrières disparaissent. Le « territoire vécu » des citoyens est transfrontalier, aidé par des générations de programmes européens qui permettent de retrouver la cohérence historique de la région. Ses actions européennes restent pourtant peu visibles du grand public souvent dû au manque de relais par les médias.
L’association des journalistes européens réunit des sections nationales de 24 pays européens. Beaucoup des adhérents de ces sections sont concernés par le cadre nouveau des Eurométropoles et de la coopération transfrontalière.
Les sections belges et françaises de l’AJE ont monté, avec le soutien du programme INTERREG, un programme d’échanges entre journalistes. Trois rencontres auront lieu à Courtrai, Lille et Tournai. Elles permettront à des journalistes de suivre et d’analyser les projets mis en place dans le cadre de l ‘Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai.
L’AJE internationale accompagnera ces rencontres afin d’inciter l’ensemble des journalistes concernés par la construction européenne de suivre des projets concrets de coopération transfrontalière. S’il est vrai que l’Eurométropole est l’avenir de l’Europe alors il sera intéressant de suivre de prés le développement de ce que beaucoup appellent « les laboratoires d’une Europe future ».
Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai : un premier résultat concret
145 communes, deux millions d’habitants, trois territoires, celui de Lille-Métropole, les arrondissements de Courtrai-Ypres-Roeselare et Tielt en Flandre occidentale et ceux de Mouscron-Tournai-Ath en Wallonie. C’est l’Eurométropole. Mise en place par les élus des trois territoires elle est aujourd’hui dotée d’un statut de GECT (Groupement européen de coopération territoriale) qui lui donne une autorité politique et la capacité à intervenir sur des sujets communs et transfrontaliers.
L’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai se met en place. Des groupes de travail ont été constitués et réunissent à la fois des élus et des techniciens sur les sujets du développement économique, de la culture, de la mobilité, des services sanitaires et sociaux et de la cohérence territoriale.
Un groupe s’est penché sur la question du développement touristique. Pour découvrir que tous les documents d’information et de promotion touristique étaient concentrés sur des territoires bornés par les frontières. Le groupe a élaboré une carte transfrontalière. Elle met en valeur les richesses culturelles, les paysages et les lieux de loisir et de shopping de l’ensemble du secteur sans tenir compte des frontières. Pour des promenades et des visites sans limite. « En respectant, ajoute Eric Bocquet vice président de Lille-Métropole les équilibres entre centres des villes et zones rurales excentrées, car s’il est facile de faire venir français et belges sur les Grand’ places des cités, il est plus difficile de les attirer vers les richesses cachées qu’ils ne connaissant pas. ».
La carte touristique de l’Eurométropole est éditée en trois langues (français, néerlandais et anglais). Elle sera distribuée dans tous les offices de tourisme. C’est le premier résultat concret du travail transfrontalier entrepris dans le cadre de la nouvelle structure. Une dizaine d’Eurométropole ont été constituées et fonctionnent en Europe sur des territoires transfrontaliers. L’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai semble être l’une des plus avancées. Elle préfigure sans doute d’une Europe future, celle du possible ou les frontières demeurent mais ne constituent pas un obstacle juridique et technique à des collaborations actives.
Stef Van De Meulebrouck : « nous sommes à l’avant-garde »
Stef Van De Meulebrouck est le nouveau directeur de la structure officielle, installée à Courtrai et chargée de piloter l’ensemble des actions transfrontalières.
- Qu’est ce qui vous a incité à accepter la direction de l’Eurométropole ?
- Je suis un entrepreneur. J’ai dirigé une entreprise de technologie et de bâtiment, mais j’ai toujours eu des engagements importants dans la société civile dans les organisations d’art et de culture contemporaine. Travailler sur le transfrontalier est stimulant. Il est difficile d’éliminer les frontières, mais c’est le futur de l’Europe. Ici il y a un projet très concret et je crois que nous sommes à l’avant-garde.
- Vous dites que l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai et la plus avancée en Europe ?
- Je ne veux pas exagérer, mais c’est vrai qu’en termes d’organisation nous sommes les plus avancés. Sans doute parce que justement l’organisation est très compliquée et que nous voulions dés le départ avoir une action ambitieuse. Ca prend évidemment du temps pour tout mettre en place. Il est plus simple d’organiser des coopérations bipartites, mais nous mettons en place une machine qui aura plus de possibilités.
- Quels sont les dossiers prioritaires ?
- Dans le domaine économique nous voudrions faire la promotion commune du territoire pour les investisseurs étrangers, leur permettre de connaitre les possibilités, les savoirs disponibles, les compétences, le know-how de tous. Ca veut dire qu’on va participer à des salons internationaux pour présenter le territoire et nous présenter comme pionniers en Europe.
- Quels sont les difficultés et les freins ?
- Il y a bien sur des blocages, mais mon job n’est pas d’en parler, mais plutôt de les détecter pour les surmonter et de les transformer en opportunités.
- Est-ce que la situation actuelle de la Belgique est un problème ?
- C’est plutôt un encouragement. Une opportunité pour tout montrer à la Belgique que dans des circonstances très complexes il est possible d’arriver à des résultats concrets.
Pourquoi et comment adhérer à l'AJE, par Jean Quatremer